Jacqueline Lalouette

présente

Histoire du Panthéon

Le jeudi 15 décembre 2022, 19h30

 

Le XVIIIe siècle ayant développé le culte des « grands hommes », il n’est donc pas étonnant que, la mode de l’Antique aidant, la Révolution ait songé  à créer un Panthéon qui leur soit réservé. Elle jeta son dévolu sur la nouvelle église Sainte Geneviève, édifiée sur les plans de Soufflot, achevée en 1790, mais non encore consacrée. Mirabeau fut le premier panthéonisé, immédiatement après sa mort survenue le 2 avril 1791. Voltaire, Rousseau et Marat le suivirent. Parmi ces pionniers de la gloire, deux ne restèrent que peu de temps au Panthéon : Mirabeau fut « dépanthéonisé » après la découverte de sa correspondance avec le famille royale et Marat fut exclu du temple lors de la vague de « démaratisation » qui suivit de près le 9 Thermidor. Contrairement à une idée reçue, leurs cendres ne furent pas jetées à l’égout, pas plus que ne le furent, sous la Restauration, celles de Voltaire et de Rousseau : on se contenta alors d’exiler les deux philosophes sur le parvis du monument redevenu Sainte-Genevière ; ils réintégrèrent la crypte ultérieurement.

Tout au long du XIXe siècle, l’histoire du Panthéon fut très mouvementée. Signataire du Concordat, Napoléon lui redonna sa vocation d’église, tout en lui conservant son caractère de lieu d’inhumation des grands hommes. Le Panthéon redevint exclusivement église sous la Restauration, en 1816, et l’on fit disparaître tous les éléments architecturaux ou décoratifs pouvant rappeler sa fonction révolutionnaire. La Monarchie de Juillet le retransforma en temple non des grands hommes, mais « de la Gloire ». Le Second Empire en refit une église. La Commune tenta de déchristianiser l’édifice en abattant la croix de la coupole (une nouvelle croix fut installée en juillet 1873). Enfin, sous la Troisième République, la loi du 19 juillet 1881 redonna à l’église de Soufflot sa fonction de Panthéon, mais celle-ci ne redevint effective qu’en mai 1885, à l’occasion de la mort de Victor Hugo.

De tous les régimes qui se succédèrent durant les XIXe et XXe siècles, le Premier Empire est celui qui, proportionnellement, panthéonisa le plus, essentiellement, mais non exclusivement, des militaires. Étant donnée sa durée, la Troisième République fut relativement peu prodigue d’hommages. Après les quelques panthéonisations de la Quatrième République (six), la Cinquième a accéléré le rythme, essentiellement depuis les années 1980 : huit panthéonisations ont eu lieu durant les deux septennats de François Mitterrand, et huit également durant le quinquennat de François Hollande et le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Les grands hommes reposant au Panthéon sont essentiellement des …hommes. La première femme conduite au Panthéon (en 1907), Sophie Berthelot, le fut non pour ses mérites, mais pour sa qualité d’épouse du chimiste Marcelin Berthelot. Marie Curie, qui le fut, quant à elle, pour ses travaux ne gagna le sommet de la Montagne-sainte-Geneviève qu’en 1995 (aux côtés de son mari). Depuis, d’autres femmes ont suivi : les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz (2015), Simone Veil (2018), Joséphine Baker, elle aussi résistante (2021), soit au total, six femmes pour 75 hommes. Des féministes réclament la panthéonisation d’autres femmes, notamment celle de Gisèle Halimi. Mais des hommes sont également sur les rangs pour une prochaine panthéonisation…

Jacqueline Lalouette est une historienne française, née en 1945, spécialiste de la libre-pensée, de la laïcité et de l’anticléricalisme (XIXe siècle – XXe siècle) ; elle a aussi publié des ouvrages sur la Belle Époque, l’histoire des jours fériés en France et sur Jean Jaurès.

Agrégée d’histoire, elle a été professeur à l’École normale d’instituteurs de Melun pendant douze ans, puis chargée de recherches au CNRS pendant dix ans. Durant cette période, elle a soutenu une thèse de 3e cycle sur “Les débits de boisson en France” (1979), puis une thèse d’État consacrée à “L’histoire de la libre-pensée en France” (1994), toutes deux sous la direction de Maurice Agulhon. Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Clermont-Ferrand-II puis à l’université Paris 13, elle a été élue membre sénior de l’Institut universitaire de France en 2006 et a achevé sa carrière universitaire à l’université de Lille 3 en 2011. Elle appartient toujours au centre de recherches IRHiS de cette université et est membre émérite de l’Institut universitaire de France.

 Elle a publié, en 2018 “Un peuple de statues. La célébration sculptée des grands hommes. France, 1801-2018”, Paris, Mare et Martin, “Les statues de la discorde”, Paris, Passés/Composés, 2021. Elle travaille actuellement sur l’identité républicaine de la France ( ouvrage à paraître au printemps 2023) et sur les emblèmes de la république.

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