Jacqueline Larrieu, l’artiste qui croquait à pleines dents les conférenciers de la BAI …

par Michel Roszewitch

 

Jacqueline Larrieu

Ceux qui on croisé Jacqueline Larrieu à la fin des années 1990 ne peuvent oublier sa voix chantante et son allure si caractéristique.

Je la revois encore, m’accompagnant sur le trottoir du 54 de la rue de Turenne, vantant aux passants ébahis les merveilles de ce lieu magique, à l’époque où l’on parlait de “Lire en fête” jusque dans les sous-sols de notre association.

Je ne peux pas dire que ces manières étaient du goût tous les membres de la BAI, mais quelle vie, quelle animation, dans ce quartier pas encore monopolisé par la fringue et les galeries.

Jacqueline était plus à l’aise chez nous, dans notre sous-sol, qu’elle l’aurait été dans ces futures galeries d’art.

À l’époque, activité professionnelle oblige, je n’avais que peu l’occasion de suivre les soirées de lecture et les conférences. Heureusement, des sociétaires courageux et visionnaires, toujours soucieux de préserver notre patrimoine, ont pris soin d’enregistrer sur cassettes ces moments rares. La pérennité du support était plus qu’aléatoire, mais les progrès de la technique du XXIe siècle, alliés à la bonne volonté et à la compétence des sociétaires d’aujourd’hui, ont permis de redécouvrir ces merveilles cachées, initialement stockées dans le “grainetier”, sous l’escalier menant au premier étage. Deux ans d’efforts en sont venus à bout.

Ce que j’ignorais, c’est que, pendant ces soirées, Jacqueline Larrieu, embusquée sous nos rayonnages, croquait les moindres mouvements du conférencier et de ses auditeurs. Après le son, l’image, comme captée par une caméra indiscrète. Certains de nos anciens reconnaîtront sans peine les sociétaires de l’époque.

 

Pour illustrer nos conférences, je ne disposais que de deux dessins de Jacqueline, mais je savais qu’i existait d’autres croquis. L’intégrale de la reproduction de ces dessins m’a enfin été restituée et, grâce à la collaboration de Michèle Waquant, légataire universelle de Jacqueline Larrieu, j’ai pu réintégrer au sein de chaque conférence les dessins confectionnés au cours de celles-ci.

Nous disposons ainsi de tous les dessins réalisés de mars 1993 à mars 2001 , réintégrés au sein des conférences ci-dessous  :

93 Les émotions du quartier en 1848 Maïté Bouyssy 26/03/98
94 Femmes et espace civique au XIXe siècle Geneviève Fraisse 23/04/98
95 Malades et maladies au XIXe siècle Séverine Mathieu 14/05/98
96 Jules Verne Francis Marchand 22/10/98

 

97 Les cafés, lieux d’échange Jean-Yves Patte 19/11/98
98 Henri Monnier Jean-Claude Garreta 17/12/98
99 Offenbach, l’homme aux mille facettes Bernard Thomas 11/01/99
100 Jean Macé, l’émancipateur méconnu Tony Legendre 11/02/99
101 Théâtre du peuple de Bussang, une aventure artistique et sociale Liliane Billot 18/03/99


Mais qui était Jacqueline Larrieu ?

Née à Bordeaux le 4 mars 1932, elle est morte à Paris, le 7 juillet 2009. Établie à Paris, dès l’âge de 22 ans, elle n’a pas quitté les IVe et IIIe arrondissements depuis 1963. Après des études dans le domaine des Beaux-arts, elle sera professeur de dessin puis de lithographie jusqu’à sa retraite.

Elle a participé dès 1960 à un grand nombre d’expositions en France et à l’étranger.

1960 : artiste invitée aux Peintres graveurs et à l’Exposition Universelle de Bruxelles (lithographie).

1963 et 1964 : Salón Femenin de Arte Actual Barcelone (peinture).

1968 : Exposition personnelle de peintures, Maison des jeunes Maurice Ravel , Paris.

1969 : Membre à l’INSE ; Performances à l’université de Vincennes.

1971 : Invitée pour représenter la Fiavu à la Biennale Internationale de Paris (art corporel).

1972 : Exposition personnelle de peintures, Librairie 73, Paris.

 

Les livres d’artistes furent nombreux :

1990 : Illustrations d’un livre, Sens écartelés, de Mathé

1992 : Couverture Aventures vélocipédiques, de Popof

Inédits :

– Série de 12 aquarelles pour Locus Solus, de Raymond Roussel

– Dessins et aquarelles pour une œuvre de Lamartine

 

Mais elle eut également de multiples activités en son et en video au sein du groupe Cairn

1982 : Loups de Michèle Waquant : choix de la musique, voix, interprétation et improvisation

1983 : Canada Dry, création sonore, en collaboration avec Jean-Claude Marquette

1984 : Histoire Tartare, conception-réalisation en collaboration avec Anne-Cécile Levrat,

1985 : Séraphita, réalisation, scénario et musique, vidéo couleur, 24 minutes.

 

Enfin, elle pratiqua régulièrement le dessin et de l’aquarelle sur le motif, le plus souvent à Paris et en région parisienne : plus de 50 carnets de dessins, aquarelles et études.

Sa dernière exposition eut lieu en 2009 :

Courir les rues, battre la campagne, exposition en duo avec Michèle Waquant, Galerie Dix291, Paris.

À voir et à entendre :

http://www.vitheque.com/Fichetitre/tabid/190/language/fr-CA/Default.aspx?id=1650

 

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