Jacqueline Lalouette

présente

Les refusés du Panthéon

Le jeudi 19 janvier 2023, 19h30

 

Cet adjectif de « recalés » englobe des personnes qui furent panthéonisées, mais dont les restes furent ensuite retirés du Temple des grands hommes (Mirabeau, Marat, Le Peletier Saint-Fargeau). Voltaire et Rousseau connurent le même sort sous la Restauration, mais leurs dépouilles regagnèrent ultérieurement la crypte d’où elles avaient été chassées (sans être jetées à l’égout comme le veut une idée reçue).
L’adjectif recalés s’applique aussi à d’autres personnes dont la panthéonisation, quoique décidée, n’eut jamais lieu, par exemple celle de Bara et de Viala ou encore de Descartes. Il convient aussi pour des hommes dont le transfert au sommet de la Montagne Sainte-Geneviève fut examiné par la Chambre des députés, mais n’alla plus loin (Michelet, Quinet, Renan), demandé par des pétitions demeurées inefficaces (Molière, Diderot, Balzac, Berlioz…). Bien d’autres noms lancés – Louis Braille, Manouchian, Gaston Monnerville, Ambroise Croizat, etc. – demeurent dans un entre-deux et attendent le bon vouloir du président de la République, puisque, désormais, c’est celui-ci et non le Parlement qui détient les clefs du Panthéon, où il y a encore de la place pour de nombreux grands hommes.

Il pourrait surtout y en avoir pour diverses « grandes femmes », qui sont aussi de « grands hommes » (car dans cette expression « homme » renvoie à homo et non à vir). Est ainsi demandée la panthéonisation d’Olympe de Gouges, de Lucie Aubrac, Simone de Beauvoir, Louise Michel, George Sand, Gisèle Halimi, Marie Marvingt, qui ne sont pas des recalées à proprement parler, puisqu’aucun non définitif n’a été prononcé à leur encontre, mais qui sont figées dans une attente qui peut durer longtemps.

Enfin, il faut considérer le sort de personnes recalées du fait de leur propre famille, par exemple Lazare Hoche, dont la famille refusa la panthéonisation en 1889.

Jacqueline Lalouette est une historienne française, née en 1945, spécialiste de la libre-pensée, de la laïcité et de l’anticléricalisme (XIXe siècle – XXe siècle) ; elle a aussi publié des ouvrages sur la Belle Époque, l’histoire des jours fériés en France et sur Jean Jaurès.

Agrégée d’histoire, elle a été professeur à l’École normale d’instituteurs de Melun pendant douze ans, puis chargée de recherches au CNRS pendant dix ans. Durant cette période, elle a soutenu une thèse de 3e cycle sur “Les débits de boisson en France” (1979), puis une thèse d’État consacrée à “L’histoire de la libre-pensée en France” (1994), toutes deux sous la direction de Maurice Agulhon. Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Clermont-Ferrand-II puis à l’université Paris 13, elle a été élue membre sénior de l’Institut universitaire de France en 2006 et a achevé sa carrière universitaire à l’université de Lille 3 en 2011. Elle appartient toujours au centre de recherches IRHiS de cette université et est membre émérite de l’Institut universitaire de France.

 Elle a publié, en 2018 “Un peuple de statues. La célébration sculptée des grands hommes. France, 1801-2018”, Paris, Mare et Martin, “Les statues de la discorde”, Paris, Passés/Composés, 2021. Elle travaille actuellement sur l’identité républicaine de la France ( ouvrage à paraître au printemps 2023) et sur les emblèmes de la république.

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