Dans notre fonds documentaire

par Hélène Personnaz

William Lemit, film de Thomas Célarié

William Lemit, CD par l’Ensemble vocal Oriana de Rouen

Afin de préserver son aspect de témoignage historique, la Bibliothèque des Amis de l’Instruction n’admet plus de nouvelles entrées d’ouvrages, si ce n’est pour compléter une collection de périodiques ou remplacer un exemplaire disparu. Toutefois les nécessités d’une recherche, les documents sur divers supports laissés généreusement par un intervenant ou un sociétaire constituent un fonds annexe très appréciable que nous pourrons être amenés à présenter et à prêter éventuellement. Il sera ici question d’un DVD et d’un CD dont nous a fait présent Michèle Célarié. Nièce du musicien William Lemit, elle est venue à la BAI à l’occasion de la conférence donnée par Gérard Carreau en mars 2016. Ce dernier, spécialiste des collecteurs de la chanson traditionnelle française, est aussi chef de chœur et a vu naître cette passion grâce à William Lemit (1908-1966), une figure majeure de ce que Pascal Ory nomme la “Culture sous la signe du Front populaire”.

Dans son impressionnant ouvrage La belle illusion[1], Pascal Ory consacre un chapitre aux CEMEA. “Ces Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active sont, comme leur nom le suggère, nés de la rencontre entre la ligne de l’Éducation nouvelle et la prise de conscience, au sein du mouvement laïque, des limites de l’encadrement ordinaire des œuvres de jeunesse, composé pour l’essentiel d’enseignants bénévoles sans formation spécifique.” Avec les développements des centres de colonies de vacances, il était urgent de former des animateurs pouvant proposer des activités structurées et diversifiées de qualité. William Lemit fut celui qui, à travers la composition d’un répertoire adapté aux jeunes et une formation donnée aux “meneurs de chant” releva le défi dans le domaine musical.

Le DVD, avec le témoignage de Michèle Célarié et ceux de responsables des CEMEA et de musiciens, fait le portrait d’un homme parlant peu mais faisant jaillir les voix, intégrant dans le plaisir du groupe même celui qu’on a mortifié de chanter faux. Il est question de la nécessaire adéquation des répertoires avec les possibilités des voix d’enfants, des techniques d’apprentissage par audition, des ressources de la chanson folklorique, de l’abord de la polyphonie, de chansons nouvelles qui cadrent avec tout un état d’esprit “Front populaire”. Les commentaires sont entrecoupés d’extraits de pièces de William Lemit interprétées par l’Ensemble vocal Oriana que dirige Gérard Carreau. Et, au-delà du propos musical, on effleure le mystère d’un homme qui semble s’être investi dans le groupe faute de parvenir à entrer en résonance avec des individus et qui mit fin à sa vie à l’âge de 58 ans.

Le CD avec les versions complètes des chansons, toujours par l’Ensemble Oriana, commence par “Une Fleur au chapeau”, très célèbre dès sa publication en 1938, parfait représentant de ces textes qui “mettent en scène sans prétention les plaisirs simples de la vie au grand air.”[2]

[1] Pascal Ory La belle illusion, Culture et politique sous le signe du Front populaire, CNRS Éditions 2016.

[2] id.

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