Individualisme et coopération au XIXe siècle.

Programmes des conférences 2013-2014

Les bibliothèques des Amis de l’Instruction sont nées d’un rêve : celui d’un monde où chacun pourrait accéder aux livres et décider de ses lectures. Leur fondation est un acte d’indépendance lourd de conséquences philosophiques, culturelles et politiques ! Cette autonomie intellectuelle a été imaginée sous l’influence de l’utopie fouriériste. Revenir aux racines associationnistes et mutuellistes de notre institution nous permettra d’en éprouver la profondeur à l’aune d’un courant de pensée radicalement différent : l’individualisme. Tordons d’emblée le cou aux idées reçues : l’individualisme, au sens libertaire, n’a pas grand chose à voir avec l’égoïsme. C’est un courant de pensée qui s’inscrit dans la tradition du stoïcisme et des cyniques de l’Antiquité… Bornons-nous à rappeler combien l’instruction est au cœur des préoccupations des individualistes : pour eux, point de Grand Soir ni aucune solution collective à la question sociale ; chaque individu est invité à faire la révolution en lui-même, à se grandir par l’étude et dans l’introspection. Grâce à nos orateurs, nous découvrirons comment individualisme, coopération ou mutuellisme ont parfois pu se rejoindre …

Les conférences se déroulent dans les locaux de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction,

au 54 Rue de Turenne, à 19h30.

Entrée (et participation) libres, sous réserve de places disponibles.

Une fois la conférence passée, nous nous efforçons de mettre en ligne un enregistrement audio de chaque conférence, quand celui-ci est disponible. Pour cela, il suffit de sélectionner la conférence souhaitée pour écouter  son enregistrement.

 

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– Quand donc que le Travail cassera la gueule au Capital ?…

 

1) Bernard Desmars, Les fouriéristes : expériences phalanstériennes et réalisations coopératives, éducatives et mutualistes, 10 octobre 2013.

Bernard Desmars est membre de l’Association d’études fouriéristes et maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Lorraine. Il a notamment publié Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (Dijon, Presses du Réel, 2010)

Son propos consistera à montrer que le fouriérisme ne se réduit pas au modèle de la communauté phalanstérienne (à travers laquelle il est trop souvent vu, ce qui permet, étant donné l’échec de la plupart de ces communautés, de le qualifier d’utopie ou de projet impossible à réaliser), mais qu’il s’est aussi traduit par des engagements concrets et des réalisations pratiques dans les domaines de l’éducation, de la coopération, de la mutualité, et aussi du côté du féminisme et du pacifisme.

 

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2) Olivier Chaïbi, Pierre-Joseph Proudhon et le mutualisme, Quelles influences sur la Bibliothèque des Amis de l’Instruction ?, 7 novembre 2013.

Enseignant, Olivier Chaïbi a soutenu une thèse en histoire sur le socialisme utopique et les modèles coopératifs de Jules Lechevalier Saint-André (1806-1862). Il a notamment publié Proudhon et la banque du peuple, Paris, Connaissances et savoirs, 2010.

Si la BAI compte parmi ses nombreux ouvrages quelques livres de Proudhon, elle est surtout une bibliothèque mutualiste, un système d’organisation que ce penseur anarchiste a contribué à théoriser et populariser. Les liens entre proudhoniens et fondateurs de la BAI sont ténus, mais les deux cercles accueillent des ouvriers désireux de s’instruire et entretiennent des rapports difficiles avec le Second empire qui cherche à agir en faveur du peuple tout en le contrôlant. A travers la pensée de Proudhon, et surtout son histoire, nous essaierons d’appréhender les mentalités des premiers acteurs et lecteurs de la BAI.

 

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3) Maurice Schuhmann, Les Penseurs individualistes et leur idée de la société Max Stirner et Friedrich Nietzsche), 5 décembre 2013.

Maurice Schuhmann est politologue allemand et président de la société Max Stirner. Il a soutenu une thèse sur la conception de l’individualité radicale chez le Marquis de Sade, Max Stirner et Friedrich Nietzsche.

Les philosophes allemands Max Stirner et Friedrich Nietzsche sont des représentants radicaux de la philosophie individualiste. Dans leurs œuvres, ils célèbrent l’individu concret, nourrissent un ressentiment contre l’altruisme et l’idée même d’une société. Maurice Schuhmann montrera comment Stirner et Nietzsche pensent la relation entre l’individu et la société et évoquera la possibilité de concevoir une société d’individualistes.

4) Stéphane Beau, Georges Palante, un individualiste altruiste, 30 janvier 2014.

Travailleur social, Stéphane Beau est non seulement l’auteur de romans et nouvelles, mais aussi le fondateur de la défunte revue Le Grognard ; il collabore à de nombreuses revues littéraires et tient un blog sur Palante dont il a réédité plusieurs ouvrages.

palanteGeorges Palante, philosophe individualiste, fortement influencé par Schopenhauer et Nietzsche, a souvent été présenté sous les traits d’un misanthrope, solitaire et mal à l’aise en société. Ce portrait n’est pas sans fondements, mais c’est oublier qu’il était surtout un être d’une extrême sensibilité. Ses proches s’accordent tous pour vanter sa politesse, son souci d’autrui et son profond respect pour ses interlocuteurs. A travers son enseignement, mais aussi dans ses engagements concrets, politiques notamment, Palante a su conjuguer individualisme et altruisme.

 

5) Goulven Le Brech, Jules Lequier (1814-1862) : la question de la liberté, 13 février 2014.

Archiviste à Sciences Po, président de l’Association des amis de Jules Lequier, Goulven le Brech est l’auteur d’un essai biographique sur cet auteur (éditions La part commune, 2007).

lequierPhilosophe de la liberté, né il y a 200 ans, Jules Lequier a été « un précurseur sans être un promoteur » (Jean Grenier). A l’avant-garde des penseurs de l’existence (A. Camus, J.P. Sartre), Lequier occupe une place originale au sein des grandes pensées du XIXe siècle. Oscillant entre rationalisme et romantisme, l’objectif de son œuvre inachevée et inédite est de montrer le rôle primordial de la liberté humaine, la part de créativité qui se trouve à tous les niveaux de l’action humaine.

6) Clément Arnoult, Han Ryner, du crime d’obéir au rire du sage, 6 mars 2014.

En lien avec la société des Amis de Han Ryner, Clément Arnoult anime un blog consacré à cet auteur et a réédité L’individualisme dans l’Antiquité (éd. Du Sandre, 2010) ainsi qu’un recueil d’articles intitulé Comment te bats-tu ? (Le Grognard, 2010).

rynerDans trois romans écrits entre 1895 et 1905, Han Ryner a dressé le portrait du héros individualiste, réfractaire absolu qui refuse de commander autant que d’obéir. Il s’est ensuite attaché à réinvestir la figure du sage antique, pour qui la philosophie est avant tout un mode de vie. Philosophe sans système, anarchiste se défiant de la révolution, extrémiste et non-violent, radical et nuancé, antireligieux et spiritualiste, écrivain à la langue profuse et surannée, Han Ryner surprend et agace, mais reste une personnalité méconnue et attachante des lettres et de la philosophie.

7) Anne Steiner, Les anarchistes individualistes et l’Éducation : conceptions pédagogiques et dispositifs autodidactes, 10 avril 2014.

Maître de conférence en sociologie à l’université de Nanterre, Anne Steiner a publié plusieurs ouvrages sur les anarchistes individualistes qui collaboraient au journal l’anarchie (ed. LÉchappée). Son dernier ouvrage : Rirette, linsoumise, Mille Sources, 2013.

Persuadés qu’aucune révolution victorieuse ne pourrait enfanter un monde meilleur sans évolution préalable des mentalités, les anarchistes individualistes des premières années du XXe siècle ont accordé une importance extrême à l’éducation, pour eux principal levier du changement social. Nous présenterons dans cette intervention la presse anarchiste individualiste, les brochures et les causeries qu’ils ont su  développer au service de l’auto-éducation des adultes ainsi que leurs réflexions sur ce qu’aurait pu être une école véritablement émancipatrice, loin des modèles congréganistes et laïcs, qu’ils renvoyaient dos à dos.

8) Philippe Oriol, Jehan-Rictus ou le moyen de parvenir…., 15 mai 2014.

rictusDirecteur pédagogique au Cesacom, Philippe Oriol est l’auteur d’une thèse consacrée à Jehan Rictus. Il a travaillé sur les mouvements décadents et symbolistes, sur l’anarchisme et l’engagement politique des écrivains, puis s’est consacré à l’Affaire Dreyfus. Il a récemment publié un livre sur Zo d’Axa.

 Jehan Rictus fut-il ce chantre de l’âme populaire, cette voix anarchisante que la postérité a voulu retenir ou ne fut-il qu’un exemple remarquable de ce qu’on appelait alors la stratégie littéraire ? On verra comment à travers ses choix, à travers les formes mêmes de sa poésie, il ne fut jamais qu’en quête de la reconnaissance d’une élite et, au sens le plus fort du terme, un conservateur.

9) Daniel Lerault, Solitaire et solidaire Panaït Istrati, 12 juin 2014.

istratiAncien bibliothécaire à la BnF, Daniel Lérault a publié des études portant sur des écrivains de la mouvance prolétarienne ou libertaire : Henry Poulaille, Marcel Martinet, Panaït Istrati, Han Ryner… Dernière publication : La Véritable tragédie de Panaït Istrati par Eleni Kazantzaki, présentation d’Anselm Jappe et note bibliographique par Daniel Lérault, éditions Lignes / Imec, 2013.

Le conférencier présentera la vie et l’œuvre de ce grand conteur roumain d’expression française, en s’attachant à montrer combien sa pensée individualiste atteint l’universel. Resté fidèle aux valeurs humanistes, Istrati n’a jamais cessé de chanter la liberté et l’insoumission…

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Les conférences se déroulent dans les locaux de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction,

au 54 Rue de Turenne, à 19h30.

Entrée (et participation) libres, sous réserve de places disponibles.

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